Apple aurait-elle intérêt à acheter Sony ?

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Les grands mariages ne font pas forcément des histoires d’amour heureuses mais gageons que celui d’Apple et de Sony ferait tourner les têtes aussi sûrement que des noces royales. Ce scénario a-t-il seulement une pertinence ?

Dans son dernier billet, Frédéric Filloux, co-auteur du blog Monday Noteavec Jean-Louis Gassée, estime que oui au vu des synergies possibles. Il liste plusieurs arguments en faveur d’une telle opération. Mais ce qui relève du possible est-il faisable ou souhaitable ? Formulé autrement, est-ce qu’Apple a besoin de posséder Sony pour avancer ?

Sur le plan strictement financier, l’affaire est entendue. Comme le rappelle Filloux, la capitalisation boursière de Sony s’élève à 47 milliards de dollars environ, celle d’Apple à 796 milliards : 16 fois plus. Apple est également assise sur un trésor de guerre de 262 milliards, quoi que, pour la quasi totalité, gardé à l’étranger.

En octobre 1999, Steve Jobs rendait hommage à Akio Morita, le cofondateur de Sony, disparu quelques jours plus tôt

La question de l’argent réglée, reste celle des activités et des produits. Lorsqu’Apple a dépensé 3 milliards de dollars pour les casques de Beats, l’étonnement a prévalu, quand bien même le maigre service de streaming de cette entreprise coïncidait avec la stratégie d’évolution voulue pour l’iTunes Store. Aujourd’hui, personne ne remettrait en question la pertinence de l’acquisition de Beats.

Capteurs photo

Dans la myriade de produits de Sony, Apple trouverait quelques chaussures à son pied. Premier exemple cité par Frédéric Filloux, les capteurs photos. Apple équipe tous ses iPhone avec les composants du japonais, autant dire qu’avec plus de 200 millions de téléphones vendus par an, elle n’est pas un client comme les autres. Ce qui signifie également que ce composant est devenu vital pour l’iPhone.

À chaque fois, une bonne part du discours autour des nouveaux modèles est axé sur la photographie. Cette année, Apple a encore étoffé ses algorithmes pour son mode Portrait et ajouté dans l’A11 une puce maison chargée du traitement de l’image.

En mettant la main sur Sony, Apple s’octroierait une compétence supplémentaire forte et une exclusivité d’approvisionnements sur un composant clef des téléphones modernes. Google ne pèse pas lourd sur le marché avec ses Pixel mais ses téléphones sont reconnus pour leur qualité photo. Et c’est à nouveau Sony qui fournit la matière de base.

le module caméra de Sony dans l’iPhone 8 Plus, crédit : TechInsight

Le billet cite une étude qui attribue aux smartphones 30 % des ventes de capteurs photo et 69 % du chiffre d’affaires. Sony pèserait pour 42 % de ce marché, loin devant Samsung et ses 18 %.

Aujourd’hui, la création d’un nouveau smartphone ne se résume pas à la capacité d’assembler de nouveaux composants réunis autour d’un bon logiciel qui profitera de leurs bonnes dispositions et corrigera leurs défauts. Il s’agit aussi de s’assurer une disponibilité en volume, dans des délais maitrisés, de ces pièces. In fine, l’objectif est quand même de vendre… pas de battre des records de délais d’attente pour un nouveau produit.

Les iPhone 7 Plus ont souffert au départ d’un manque de capteurs en nombre suffisant. L’iPhone X suit le même chemin pour d’autres pièces. En devenant propriétaire de toute la chaine de conception et de fabrication des capteurs photo via la possession de Sony, Apple deviendrait seule maître à bord, ce qui n’est jamais pour lui déplaire.

Frédéric Filloux suggère qu’Apple pourrait dans le même mouvement s’attaquer au marché des réflex haut de gamme. Elle pourrait aussi les pourvoir d’une version d’iOS pour améliorer leurs capacités de traitement in situ et accepter des apps photo. Est-ce qu’Apple a envie, voire même besoin, de « réinventer le marché des appareils photo haut de gamme », ou va-t-elle plutôt continuer d’améliorer la partie photo de ses téléphones ? On est plutôt tenté de parier sur la seconde hypothèse.

Non pas parce qu’il est envisageable de voir un smartphone faire aussi bien, dans tous les cas de figure, qu’un bon gros réflex. Mais parce que la question n’est pas forcément là. L’important est d’arriver à concilier la commodité d’un smartphone que l’on a toujours en poche, toujours connecté, avec des performances photo suffisamment bonnes, sinon excellentes, pour l’écrasante majorité des utilisateurs. Sur ce point, les iPhone et leurs concurrents remplissent ce rôle à la perfection tout en s’améliorant d’année en année.

Contenus

Autre greffe qui pourrait prendre, celle des activités musique, TV et cinéma de Sony. Apple étant fermement décidée à créer du contenu original et de qualité pour remplir les tuyaux d’iTunes, Sony Pictures Entertainment saurait y pourvoir. Là encore, il y a avantage à disposer d’un contrôle à la source. On a vu, avec le lancement de l’Apple TV 4K, qu’Apple n’avait pu convaincre Disney de s’aligner sur les prix plus bas négociés avec les autres studios (la présence du patron de Disney au conseil d’administration d’Apple n’a pas aidé). Pour le coup, Sony a joué le jeu mais qu’en sera-t-il à d’autres occasions ?

À défaut de posséder les studios et catalogues de Sony Pictures, Apple s’est servie dans ses effectifs en débauchant plusieurs de ses haut-responsables depuis quelques mois, puis en allant à la chasse aux droits d’exploitation de licences prestigieuses comme celle de James Bond. La création de contenus et de franchises pour les décennies à venir est devenue aussi importante que d’être propriétaire de films et de séries déjà vues et revues.

Filloux cite aussi le potentiel offert par l’écosystème PlayStation, le premier par sa taille dans le secteur du jeu vidéo, avec ses 40 millions d’utilisateurs actifs par mois. En unités vendues, les chiffres de la console font pâle figure comparé à ce qu’Apple doit gérer avec ses appareils iOS. Sony a vendu un peu moins de 65 millions de PS4 en quatre ans (41 millions d’iPhone vendus uniquement au printemps dernier et 11 millions d’iPad). C’est bien pour Sony mais on peine à voir ce que cela pourrait apporter à Apple. Celle-ci dispose d’une plate-forme mobile solide — la seule présence de Nintendo en est une bonne illustration — où le jeu occupe une part telle qu’il a maintenant sa propre entrée séparée dans l’App Store d’iOS 11.

Il est vrai par contre que sur l’Apple TV, le bilan ludique est nettement moins réjouissant. Le jeu n’y a pas trouvé un terreau fertile. Est-ce une priorité pour Apple ? Apparemment non si l’on en juge par la page consacrée à la nouvelle Apple TV 4K, les films et la télévision s’y octroient la part du lion, face au jeu qui fait acte de figuration.

Téléviseurs, casque de réalité virtuelle… il y a d’autres activités qui pourraient coller avec des produits ou logiciels existants d’Apple. Mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg, le catalogue Sony est d’une profondeur insondable : projecteurs, auto-radio (pour la voiture comme pour les bateaux), smartphones, chaînes Hi-Fi, caméscopes de toutes sortes, dictaphones, barres de son… Un inventaire à la Prévert qui rimerait assez mal avec l’approche d’Apple qui embrasse large — des ordinateurs aux téléphones en passant par les écouteurs et les tablettes — mais sans commune mesure avec Sony.

Le scénario avancé par Monday Note est néanmoins séduisant parce qu’il rapproche deux entreprises et deux marques incroyables. Apple et Sony, par l’entremise de Steve Jobs, ont eu une collaboration parfois surprenante (lire Les relations Apple et Sony racontées en anecdotes). Tim Cook pour sa part n’a jamais écarté l’idée de réaliser un investissement de première importance (financière) si Apple y trouvait son compte.

Cependant, avec un acteur comme Sony dans le giron d’Apple on entrerait dans une toute autre dimension qui laisse extrêmement circonspect sur sa faisabilité. Pas sur l’aspect symbolique ou financier, sur la complexité surtout à faire s’emboiter des gammes de produits aussi hétérogènes. Il reste l’option d’un Sony qui, tout en passant sous la tutelle d’Apple, poursuivrait son chemin en relative indépendance. Sony relégué au niveau d’un FileMaker et d’un Beats, ça aussi ce serait original.

Max

Monsieur BOUFFARD, formateur WordPress je suis éditeur, auteur et fondateur du site MonsieurBOUFFARD.com. Conférencier lors des WordCamp Paris 2013 & 2015 ainsi qu'au WP Tech Nantes 2014, je vous propose plus de 400 articles & tutoriaux à propos de l'actualité Canadiennes et Internationnal, mes trucs & astuces mais aussi des coups de gueule...